Cafetières

Alfonso Bialetti : l’inventeur de la cafetière moka

Par Marisa , le 30 octobre 2026 - 6 minutes de lecture
Ancienne cafetière moka octogonale en aluminium posée sur une table en bois à côté d'une tasse de café

On dit « une Bialetti » comme on dit « un frigo » ou « un Kleenex ». Le nom de famille a fini par désigner l’objet, cette cafetière à huit pans qui siffle sur le feu dans une bonne partie des cuisines européennes. Derrière ce nom, il y a un homme, Alfonso Bialetti, fondeur d’aluminium piémontais, et son fils Renato, qui a transformé l’invention en icône. Leur histoire commence dans un atelier de Crusinallo et se termine sur une petite moustache dessinée, imprimée sur des millions de cafetières.

Qui était Alfonso Bialetti ?

Alfonso Bialetti naît le 17 juin 1888 à Casale Corte Cerro, dans le Piémont, et meurt en 1970 à Omegna, d’après sa fiche Wikipédia. Jeune, il part travailler en France, où il passe une dizaine d’années dans l’industrie de l’aluminium. C’est là qu’il apprend le métier de la fonte, celui qui lui servira toute sa vie.

En 1919, de retour au pays, il ouvre son propre atelier à Crusinallo, un hameau d’Omegna. La page historique de la marque Bialetti précise qu’il y produit d’abord des pièces semi-finies en aluminium. L’atelier grandit vite et devient Alfonso Bialetti & C. Fonderia in Conchiglia, une petite entreprise qui conçoit et fabrique des objets finis, prêts à vendre.

Trois anciennes cafetières moka en aluminium alignées sur une étagère en bois près d'un sac de grains de café

1933 : la naissance de la Moka Express

Bialetti termine la conception de sa cafetière en 1933 et la fait breveter la même année. Le principe tient en trois pièces : un réservoir d’eau en bas, un entonnoir rempli de café au milieu, un collecteur en haut. Sur le feu, la pression de la vapeur pousse l’eau chaude à travers la mouture. Si le détail vous intéresse, nous avons expliqué comment la pression pousse l’eau à travers le café dans un article à part.

Le nom vient de Mokha, une ville du Yémen qui fut l’un des premiers grands ports du café, selon la marque elle-même. Quant à la forme octogonale, l’article de Wikipédia sur la cafetière moka y voit l’influence des orfèvres et designers de l’époque, comme Hoffmann ou Puiforcat. Le corps est en aluminium, la poignée en bakélite.

Le choix de l’aluminium était audacieux. Dans les années 1930, ce métal ne servait pas encore à fabriquer des objets du quotidien. Bialetti, lui, le connaissait par cœur depuis ses années de fonderie. Ce matériau fait encore parler aujourd’hui, et nous avons rassemblé les questions qu’on se pose sur l’aluminium d’une cafetière italienne dans un guide dédié.

L’expresso entre dans les maisons

Avant la moka, l’expresso restait une affaire de bar. Les machines coûtaient cher et seuls les foyers aisés pouvaient s’en offrir une, rappelle Wikipédia. La Moka Express change la donne : un objet simple, posé sur la gazinière, qui donne un café serré à la maison. Elle prend peu à peu la place des cafetières plus anciennes, comme la cafetière napolitaine qu’il fallait retourner en cours de route, ou la Milanese.

Des débuts modestes, puis la guerre

Le succès n’a pas été immédiat. Entre 1934 et 1940, Alfonso vend sa cafetière lui-même, sur les marchés du Piémont. Wikipédia, qui s’appuie sur une étude de l’historien Jeffrey T. Schnapp, avance le chiffre de 70 000 exemplaires en six ans. Pour un artisan, c’est honorable. Mais la moka reste alors un produit régional.

La Seconde Guerre mondiale coupe ensuite l’élan. Le café et l’aluminium deviennent rares et chers ; la production s’arrête presque complètement.

Renato Bialetti et l’omino coi baffi

Tout change après la guerre avec Renato, le fils d’Alfonso. En 1946, il prend une décision radicale : l’entreprise ne fabriquera plus qu’un seul produit, la Moka Express. Il lance ensuite une grande campagne de publicité, avec des affiches dans tout Milan et même une statue géante de la cafetière, toujours selon Wikipédia.

En 1958, la marque investit dans Carosello, une émission publicitaire de la télévision italienne. Elle y présente un petit personnage à moustache, l’omino coi baffi, dessiné par l’illustrateur Paul Campani. Ce bonhomme est une caricature de Renato lui-même. Il figure toujours sur les produits de la marque, et son slogan, « ça a l’air facile » dans la version française qu’en donne Bialetti, est devenu un phénomène.

La suite est connue. Wikipédia parle de 220 millions de cafetières produites en 2001. En 2016, Slate, citant La Repubblica, évoquait près de 300 millions de cafetières Bialetti fabriquées depuis les débuts. La moka figure aussi dans les collections du Science Museum de Londres, d’après Wikipédia.

Une moka pour dernière demeure

Renato Bialetti est resté à la tête de l’entreprise jusqu’en 1986. Il est mort le 11 février 2016, à 93 ans. Slate raconte que, selon son souhait, ses trois enfants ont déposé ses cendres dans une Moka Express de dix-huit tasses, placée ensuite dans le caveau familial. On peut difficilement imaginer meilleure fidélité à un objet.

Que reste-t-il de l’entreprise Bialetti ?

L’entreprise familiale a changé de mains. La marque raconte qu’en 1993, le groupe Rondine, dirigé par Francesco Ranzoni, rachète Alfonso Bialetti & C., avant une fusion des deux sociétés cinq ans plus tard. Bialetti Industrie entre en Bourse à Milan le 27 juillet 2007. Côté fabrication, Slate indique que les mokas ne sont plus produites à Omegna et que la production se fait en Roumanie depuis 2010.

Le produit, lui, a su évoluer. En 2014, la marque présente une Moka capable de chauffer sur plaque électrique, vitrocéramique et induction : la chaudière et l’entonnoir passent en acier inoxydable, le haut reste en aluminium. Si vous cuisinez sur induction, vérifiez donc que vous avez bien une cafetière italienne compatible induction avant de l’acheter.

Pourquoi la moka n’a presque pas changé

Ce qui frappe, quand on regarde une Moka Express d’aujourd’hui, c’est sa ressemblance avec celle de 1933. Mêmes huit pans, même principe, même petite moustache sur le flanc. Alfonso Bialetti avait trouvé une forme simple qui faisait le travail, et personne n’a vraiment eu besoin de la réinventer.

Si vous en avez une dans un placard, elle mérite qu’on s’en serve correctement. Le mode d’emploi d’une cafetière Bialetti tient en quelques gestes, que nous avons détaillés pas à pas. Le reste, c’est près d’un siècle d’habitude italienne.

Portrait illustré de Marisa, autrice de Café Bistro, représentée avec de longs cheveux roux et un pull marron

Marisa

Avec une approche authentique et chaleureuse, je vous guide à travers l'univers fascinant du café !